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Chaque jour, à chaque instant, les sœurs se relaient auprès de Pearl, condamnée à une mort trop précoce. Elles prodiguent nourriture et soins, changent ses vêtements et ses draps, lui coupent les ongles des orteils et lui témoignent une immense bonté. Pearl, quant à elle, se répand en invectives et injures vis à vis des Soeurs, par désespoir, comme pour se venger des échecs accumulés au cours de sa misérable existence. Les Sœurs pourtant, imperturbables, continuent à la servir sans que rien n’altère leur sourire.
Un jour, perce une lueur d’espoir dans cette antichambre de la mort.Pearl commence à ouvrir son coeur en voyant la persistante bonté des Soeurs à son égard. Elle demande à l’une d’elles :« Pourquoi êtes-vous si gentilles avec moi, alors que je vous insulte sans cesse ? » C’est bien le moment que la Soeur attendait, le moment où la glace se brise. Il faut saisir l’occasion. Elle répond: « Notre Dieu nous a dit que tu es le corps du Christ. C’est pourquoi nous traitons ton corps avec respect et amour ».
Pearl est sous le choc. Elle croit rêver. Jamais on ne lui a parlé ainsi ! La sœur ne plaisante pas ! Après un moment de silence, le ton de Pearl change du tout au tout. Elle demande : « Attends… Tu veux dire que ton Dieu t’a dit ça ? »
« Oui », répond la sœur.
« Eh bien, alors, j’aimerais vraiment connaître votre Dieu ! Si ce Dieu vous dit de me traiter ainsi, je veux connaître ce Dieu-là ! »
Les sœurs s’empressent alors d’appeler le prêtre, l’ aumônier du foyer. Il vient voir Pearl plusieurs fois. Il lui fait connaître la Parole de Dieu avec franchise, en lui expliquant les moments les plus marquants de la vie de Jésus. Pearl n’en manque pas une miette. Fascinée, elle est toute à l’écoute, les yeux écarquillés d’étonnement. Elle en demande toujours plus. Quand le prêtre lui parle de l’Eucharistie, en lui expliquant le sens de la Sainte Cène et de la Messe, elle s’écrie: « Si c’est ça la messe, alors, je veux recevoir la communion ! »
Il n’y a pas une seconde à perdre. Le prêtre la baptise, lui confère le sacrement de la confirmation et lui fait faire sa première communion. Après avoir accueilli Jésus dans son cœur, elle a ce mot : « C’est la première fois qu’un homme entre en moi, non pour profiter de moi, mais pour tout me donner ! »
Elle confie alors le drame de sa vie: « Ma mère était toxicomane. À dix ans, elle m’a forcée à me prostituer dans la rue. Elle avait besoin de l’argent que je gagnais pour acheter sa drogue. Combien d’hommes, et parfois de femmes, ont abusé de moi ces dix dernières années… Je ne peux même plus les compter ! J’ai contracté le SIDA et maintenant je vais mourir, je n’ai que vingt ans… Mais je suis si heureuse d’avoir Jésus ! »
Pour la première fois de sa vie, Pearl ressent une profonde paix intérieure. Le lendemain, Perle échange quelques mots avec les religieuses et voit qu’elles portent une alliance, elle leur demande alors : « Êtes-vous mariées ? »
« Nous ne sommes pas mariées à un homme », répondirent-elles. « Mais nous sommes les épouses de Jésus. »
« Quoi? On peut devenir l’épouse de Jésus ? C’est vrai ? C’est possible ? Mais moi aussi, je veux devenir son épouse ! Mais… pourquoi voudrait-il épouser une ratée comme moi, qui a été prostituée pendant dix ans et qui va mourir du SIDA ? » Les soeurs ont les larmes aux yeux. Elles se regardent en silence, envahies par l’émotion, sans pouvoir la cacher.
La nuit venue, elles se demandent : « Comment faire ? Comment lui donner ce qu’elle désire ? Il faut appeler Mère Teresa immédiatement ! Elle nous dira quoi faire. La petite va bientôt mourir… »
La réponse de Mère Teresa leur apparait comme une évidence. Elle a immédiatement tout compris. Il n’y a pas de discussion. Il ne faut pas perdre un seul instant.
Ce qui a lieu le lendemain reste un ‘secret de famille’. Il n’en demeure pas moins que quelques jours plus tard, Pearl rend son’âme à Dieu, revêtue de l’habit des Missionnaires de la Charité.
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